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Les inestimables en littérature

Jovette Marchessault

Jovette MarchessaultJovette exigeait qu'on ouvre grand. Qu'on sonde les ténèbres et les zones d'ombres. Qu'on évite tout préjugé, toute forme d'enfermement. Qu'on comprenne que le langage était aussi précieux qu'un chant solaire, qu'une faille tellurique, et qu'une plainte venue des tréfonds de l'âme était de la même eau que les vagissements du nouveau-né. Avec elle venait l'obligation de reconnaître notre propre venue à l'écriture, le courage d'assister à nos naissances respectives.

Artiste visuelle et écrivain, Jovette Marchessault est décédée à Danville le 31 décembre 2012 à l'âge de 74 ans.

De l'invisible au visible, l'imaginaire de Jovette Marchessault : Communiqué des Éditions du remue-ménage

Elle voit le langage. Texte de Sylvie Nicolas paru dans De l'invisible au visible, l'imaginaire de Jovette Marchessault, un collectif dirigé par Roseanna Dufault et Celita Lamar, paru en 2013, aux éditions du remue-ménage.

 

Steinbeck et Tennessee Williams

Steinbeck pour Les raisins de la colère et pour l'inoubliable Des souris et des hommes. Tennessee, pour ce nécessaire voyage dans Un tramway nommé désir, pour sa ménagerie de personnages, ses mots d'éclats de verre, mais surtout pour le titre d'une pièce en un acte qui s'érige en poème : Parle-moi comme la pluie et laisse-moi t'écouter1 ; un titre qui s'impose tel un chant surgissant d'un champ de coton, ou une supplique silencieuse en quête des premières lèvres offertes au premier baiser.

De Tennessee, je garde en secret, cette anecdote au sujet de Rose, sa sœur légèrement fêlée, ces mots d'elle qu'il cite dans ses mémoires de crocodile2 :

« Il a plu la nuit dernière.

Les morts sont descendus avec la pluie.

Tu veux dire leurs voix?

Oui, bien sûr, leurs voix. »

La pluie de Tennesse, celle de sa sœur, cette précieuse retombée des voix des morts, destinées à irriguer le fragile territoire de vivre, sont en moi comme une éternelle fêlure.

 

Virginia Woolfe, Sylvia Plath, Elizabeth Smart, Jovette Marchessault, Violette Leduc, Lou Andreas Salomé et Rainer Maria Rilke

Il y a elles et lui. Pour ce qu'ils ont écrit, mais parfois pour une seule phrase qui me tenaille comme une redite, un rituel, une offrande, un cri ou un instant d'éternité. Virginia, ses cailloux dans les poches. Marchessault et les siens parsemés dans ses forêts obscures. Plath, sous la cloche de verre3 dont le tintement ne meurt pas. Leduc pour sa bâtardise. Lou pour l'impressionnante audace d'aimer,  l'incontournable clarté de ses lumières et Rainer, l'un des aimés, de qui je préserve cette phrase, précieuse entre toutes :

« Concentrez-vous sur tout ce qui se lève en vous.4»

 

1 Titre original anglais : Talk to Me Like The Rain and Let Me Listen.
2 Tennessee, Williamns Mémoires d'un vieux crocodile, traduit de l'américain par Maurice Pons et Michèle Witta, Paris, Point, 1993, 340 pages.
3 Titre original anglais : The Bell Jar.
4 Lettres à un jeune poète. (Tardieu 1972)